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Une poétique coctalienne de la musique


Une recension d'Audrey Garcia dans les Cahiers Cocteau, nouvelle série, n°14, 2017

A propos du livre:

Jean Cocteau, Écrits sur la musique, textes rassemblés, présentés et annotés par David Gullentops et Malou Haine, "Musicologies", Vrin, 2016

Recension:

L’ouvrage Jean Cocteau, Écrits sur la musique, paru en février 2016, résulte de la collaboration de David Gullentops et Malou Haine, spécialistes des rapports entre le poète et la musique. Dans la continuité de leur Jean Cocteau, textes et musique (Sprimont, Mardaga, 2005) et du Cahier Jean Cocteau n°4 intitulé Jean Cocteau et la musique (Paris, Éditions Michel de Maule, 2006), ce nouvel opus constitue le point d’orgue d’années de recherches sur ce sujet.
Cet ouvrage somme de 644 pages offre en effet un apport essentiel aux études coctaliennes ainsi qu’à la recherche en musicologie, littérature et même sociologie des médias. Après avoir considéré les textes de Cocteau mis en musique et les diverses créations coctaliennes, il est question ici des écrits du poète sur la musique. Les auteurs ont ainsi compilé et analysé plus de 900 occurrences afin de livrer un ensemble de 310 références, ordonnées selon six sections chronologiques (ainsi qu’une consacrée aux éléments non datés) allant de 1910 à 1963, année de la disparition du poète. À cet ensemble varié comprenant préfaces, commentaires et articles s’ajoutent 137 dessins originaux ou inédits.
Il apparaît que les auteurs réalisent ici la « poésie de musique » à laquelle Cocteau n’a jamais conféré d’autonomie, la subsumant sous le patronage de sa « poésie critique ». La musique y est ici appréhendée dans son extension la plus large en faisant cohabiter musique classique comme populaire, chanteurs, interprètes et compositeurs, music-hall, cirque et ballet ainsi que des préoccupations plus matérielles relatives aux salles de spectacles, moyens de diffusion ou encore instruments de musique. La lecture de ces pages vient confirmer, s’il en était besoin, que les relations de Cocteau à la musique sont bien loin de se limiter au Groupe des Six ou aux aphorismes du Coq et l’Arlequin.
Confrontés à la richesse de la production coctalienne en la matière, il leur a fallu établir les limites de ces « écrits » à compiler, ce que l’introduction justifie parfaitement, en se concentrant sur les textes à visée publique, reléguant les éléments diaristiques ou épistolaires à un prochain volume que nous attendons avec impatience. Cette restriction (toute relative au vu de la largesse du corpus) aboutit à un recueil quasi exhaustif de l’œuvre consacrée à la musique. Sont ainsi rassemblés critiques musicales, opérations promotionnelles ainsi que divers hommages ou propos de circonstances, issus de la presse écrite comme radiophonique ou de supports plus inhabituels à l’instar des jaquettes de disques. On saluera d’ailleurs l’extension du travail d’archive qui a intégré au corpus francophone les textes parus dans les périodiques de langue anglaise et allemande.
Si Les Écrits sur la musique constitue un apport documentaire remarquable en compilant des références connues, des textes délaissés par certaines éditions ainsi que des inédits, issus de collections publiques et privées ; sa principale qualité demeure, selon moi, son appréhension nuancée et attentive de la poétique coctalienne. Chaque texte compilé fait l’objet d’une lecture critique précise complétée par un travail remarquable d’établissement des variantes. Bien qu’il ne soit pas inhabituel de procéder à l’établissement de variantes textuelles entre l’étape manuscrite et les publications (dans la presse et/ou en recueil), une telle étude prend une importance capitale lorsqu’il s’agit de Cocteau. En effet, la modification du contenu comme du titre s’avère un passage quasi systématique pour le poète lorsqu’il souhaite republier ou reprendre tel ou tel texte. Dès lors, la mise en évidence des strates de chaque texte permet à la fois au lecteur d’appréhender les diverses étapes du processus d’écriture tout en lui permettant de fixer son attention sur une version précise. Il y a donc ici un enjeu réel du point de vue de la réception des textes de Cocteau et le lecteur, sensibilisé au travail génétique réalisé ici, ne manquera pas d’aborder l’ensemble de l’œuvre sous un œil plus averti. La nuance ainsi apportée permettra également de considérer les prises de position parfois antagonistes, non plus comme résultant de la soi-disant versatilité de l’auteur mais bien comme l’aboutissement d’une évolution.
Une telle possibilité de lecture à échelles multiples se conjugue à un système de rappels et d’échos entre les diverses occurrences, qui permet ainsi à chacun de dégager des lignes de force et des évolutions sur l’ensemble de la carrière de Cocteau. L’air du temps, l’expérience acquise par le poète au fil des ans sont autant de facteurs qui influent sur les idées, les thèmes abordés et parfois même la forme adoptée. Le choix chronologique s’avère donc tout à fait pertinent dans la mesure où il permet de faire varier la focale et d’appréhender la production coctalienne sur un temps long comme sur une époque déterminée. Pour autant, l’approche thématique n’est pas négligée puisqu’un système d’index des noms et des œuvres est mis en place et permet une navigation rapide et efficace au sein des nombreuses pages du recueil.
Il faut enfin saluer l’insertion d’éléments graphiques qui, loin de se limiter à la fonction illustrative, font souvent système chez Cocteau avec le contenu textuel. Cette attention de la part des auteurs reflète encore une fois la maîtrise de la poétique coctalienne qui se veut avant tout multimédia.
Ainsi, Les Écrits sur la musique allie exigence scientifique et respect de la poétique de l’auteur ainsi que de sa conception toute personnelle de la musique. Mais, outre ces qualités indéniables de forme et de contenu, c’est bien davantage l’ouverture de l’ouvrage à divers régimes de lecture qui me semble essentielle. David Gullentops et Malou Haine ont su produire une œuvre pouvant s’adresser aussi bien au chercheur confirmé qu’à l’amateur curieux. Que l’on veuille connaître l’évolution générale ou s’attarder sur une période précise, que l’on cherche ce que dit le poète de Stravinski ou de Johnny Halliday, il existe un parcours de lecture pour chacun. En choisissant de produire à la fois des notes larges de contextualisation, d’identification et d’information, les auteurs permettent de toucher l’ensemble du public coctalien. Ils réalisent ainsi ce que le poète lui-même avait à cœur : atteindre le public le plus divers sans sacrifier à l’exactitude et à l’exigence de la poésie.

Audrey Garcia
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