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ACTUALITÉ

les rencontres – interviews

Dans le cadre de la journée Pari des libraires, la librairie Vrin vous convie à une

rencontre-débat avec Adèle Van Reeth


philosophe, productrice de radio et animatrice de l'émission
Les Nouveaux Chemins de la connaissance sur France Cutlure


jeudi 2 juillet 2015, de 18h30 à 20h30

à la Librairie Philosophique J. Vrin, 6 place de la Sorbonne, Paris 5e

sur le thème de La liberté, à partir d'une sélection de cinq livres :

La Boétie, Discours sur la servitude volontaire, Vrin, 2014
Voltaire, Traité sur la tolérance, GF, 1993
H.D. Thoreau, La désobéissance civile, Mille et une nuits, 1997
F. Fischbach, La critique sociale au cinéma, Vrin, 2012
C. Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction, PUF, 2014

A cette occasion,

Adèle Van Reeth invite Chantal Jaquet


à venir discuter ensemble de son livre :
Les transclasses ou la non-reproduction, PUF, 2014

Chantal Jaquet est professeur à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne où elle enseigne l'histoire de la philosophie moderne, la philosophie morale et la philosophie du corps. Ses recherches portent essentiellement sur Spinoza, Bacon,  les rapports corps/esprit, le corps, la philosophie de l'odorat, et  plus récemment sur la philosophie sociale, les transclasses et la non reproduction.

Adèle Van Reeth est philosophe, productrice de radio et animatrice de l'émission Les Nouveaux Chemins de la connaissance sur France Cutlure depuis 2011 ; elle est également chroniqueuse, rédactrice, et éditrice à l'initiative de la collection intitulée « Questions de caractère » (co-édition Plon / France Culture).


COMPTE RENDU

Discussion sur le thème de la liberté au prisme du statut de transclasse.

La rencontre-débat qui eut lieu le jeudi 2 juillet 2015 à la librairie J. Vrin avec Adèle Van Reeth, philosophe et animatrice radio et Chantal Jaquet, professeur de philosophie, sur le thème de la liberté (thème commun proposé à l'initiative du festival Pari des libraires), fut pour toute l'assistance, attentive et intéressée, un moment privilégié de pure réflexion. Elle permit de poser le cadre des conditions de possibilités pour penser la liberté, et d'autre part, amener chacun à évaluer les liens d'attachements et des formes projetées de détachement qui font se sentir libre.


Histoire de la liberté

Adèle Van Reeth a introduit la discussion par la présentation croisée des cinq livres sélectionnés par ses soins : La Boétie, Discours sur la servitude volontaire ; Voltaire, Traité sur la tolérance ; H.D. Thoreau, La désobéissance civile ; F. Fischbach, La critique sociale au cinéma ; C. Jaquet, Les transclasses. Servitude volontaire, tolérance réfléchie, désobéissance civile, critique sociale, non-reproduction identitaire, définissent chacun conceptuellement un moment de mise en perspective de l'espace de liberté dévolu à l'individu inscrit dans un contexte historique et ses conditions socio-politiques propres. Adèle Van Reeth a clairement exposé que l'affirmation d'une autonomie du sujet pensant en possession de son libre arbitre ne suffit pas à expliquer la décision d'agir dans une alternative abstraite entre plusieurs possibilité d'actions. Le libre arbitre définit en tant que liberté métaphysique ne rend pas compte de ce qui motive ou contrarie la volonté et la décision.
Chez Voltaire (livrant ses analyses du procès de Jean Calas) le régime de tolérance prouve les limites raisonnées de la liberté qui vise à empêcher tout fanatisme en tant que forme destructrice de la liberté des autres. C'est ce principe du vivre ensemble qui commande et préserve le respect de la liberté de chaque citoyen. Cette auto-limitation mutuelle consiste en une forme de liberté négative. Celle-ci sera définit par Kant comme imposée par un impératif catégorique abstrait. Mais elle peut l'être tout autant par la forme de gouvernement imposant une servitude bien comprise (La Boétie), ou l'on retrouve le principe d'association au fondement du contrat politique. Mais pour Thoreau une telle soumission collective ne saurait abroger l'autonomie individuelle du sujet qui se garde le droit de désobéir contre toute règle jugée par soi injuste (impôt, esclavage, …). Cette vision critique des règles d'organisation sociale et du pouvoir politique qui régissent nos libertés, s'exprime dans les arts, qui sans pour autant incarner des projets de libération, expose les conflits latents ou manifestes au sein des rapports sociaux. Ce que met en évidence F. Fischbach pour le cinéma. Tout rôle représenté, toute situation relationnelle mise en scène, symbolise des rapports de domination entre classes, genres, sexes. C. Jaquet en décryptant les écrits auto-socio-biographiques dans la littérature, cherche à décrire, quant à elle, non les rôles qui reproduisent un type d'identité sociale (ce qu'a mis en évidence le modèle statistique bourdieusien de la reproduction sociale), mais davantage le passage dynamique au sein de la la mobilité sociale des cas d'exception que C. Jaquet désigne être celui des transclasses.
Ainsi, d'une liberté abstraite d'un sujet abstrait, à une liberté politique d'un sujet de droit, à une liberté sociale pour une large part déterminée par un système d'habitus, cette analyse de l'entre-deux pratiquée par C. Jaquet conduit à déployer une micro-sociologie des conditions psychologiques propices au changement identitaire, à l'action singulière d'un individu trouvant dans son histoire personnelle ou dans son entourage proche des modèles libérateurs ou les projections imaginaires de sa libération (qui peut à son tour être le moteur d'un mouvement de libération collective).


Analyses combinées de la liberté

Adèle Van Reeth et Chantal Jaquet sont d'accord pour convenir que l'analyse méthodologique d'une notion générale comme la liberté ne peut faire l'économie de l'interdisciplinarité, en combinant à l'analyse conceptuelle les apports de l'histoire et de la sociologie, de la psychanalyse et de la littérature, entre autres parmi l'ensemble des disciplines des sciences humaines. C. Jaquet rappelle que le philosophe n'a pas le privilège d'une position intellectuelle de surplomb, que chaque philosophe en particulier reste un homme ou une femme pris dans ses contradictions avec ses points aveugles. A. Van Reeth fait l'éloge du rôle du philosophe et de sa place dans la société à l'instar de l'Intellectuel d'Emerson. Selon elle, l'invention des concepts qui permet une clarification de la pensée démontre que la pensée contribue à la vie active. C. Jaquet ajoute qu'une neutralisation axiologique est nécessaire, justifiant le choix de concepts échappant à la polémique (le terme de transclasse choisi par elle est préférable à celui de classe ouvrière ou de classe défavorisée, subalterne, etc.).

Le cœur du débat s'oriente rapidement sur la capacité de l'individu à être soi, sur la recherche de sa singularité, sur la conscience de son identité, sur le rapport authentique aux autres, comme étant la marque propre de sa liberté. Or, A. Van Reeth rappelle que cette quête d'unicité de son être est largement illusoire, évoquant à l'appui la critique pascalienne du moi, fantôme insaisissable. Aussi, interroge-t-elle C. Jaquet à propos de l'explication des motivations personnelles présidant au choix du mode de vie, au changement de position sociale (l'ambition, l'instruction, …), fondée sur le caractère de la personne. Pourquoi, par exemple, deux membres d'une même fratrie ayant eu la même éducation auront chacun un destin différent ? C. Jaquet écarte d'emblée toute explication substantialiste. Ni vision essentialiste de l'homme universel, ni vision existentialiste de l'homme libre omnipotent, ou encore assigné à une position sociale selon ses capacités (en quoi le concept de Reconnaissance maintient le concept d'identité fixe). On ne peut plus nier le modèle hégémonique bourdieusien des déterminations sociales favorisant le mimétisme conduisant à la reproduction d'habitus, dont l'individu n'échappe que par un effort de négation volontaire (rébellion envers sa classe d'origine) ou par un effet d'attraction imaginaire ou réelle reposant sur une aide extérieure (ethos de la distance comparable à la sortie de la caverne du philosophe-guide auquel devrait être substitué un processus de libération progressive d'ordre historique, car comment le premier philosophe se serait-il éveillé tout seul?), ce qui reste une forme de mimétisme de la non-reproduction (clichés du marginal, du révolutionnaire, …) qui peut conduire cependant parfois à ne pas reproduire ce type de modèle de non-reproduction dominant dans notre imaginaire commun.

Le sujet est ainsi cloisonné dans un espace réversible d'identification et de différenciation. Ceci révèle qu'il n'existe pas de capacité inhérente à s'autodéterminer. (Affirmer que tel choix dépend du caractère n'explique rien.) Tout au contraire, comme il est dit pans l'ouvrage de C. Jaquet, page 97 : « La non-reproduction mobilise une pensée combinatoire, une pensée du concours ou de la connexion, et requiert l'analyse d'un réseau ou d'un faisceau causal. » Il faut envisager le sujet en terme de complexion, c'est-à-dire le mettre au centre d'un ensemble de déterminations cognitives et affectives prises dans une dynamique polarisée de dés-identification (inversion des stigmates de son identité d'origine) et de projection (transgression identitaire). Le sujet est depuis son enfance un être ambivalent, clivé. Ses désirs contradictoires et contrariés par l'interdit social, par la censure collective de l'illusion, de la trahison et de la prétention liées au changement qui lui est refusé, et en miroir par sa propre autocensure inconsciente. Sur ce point, le livre de C. Jaquet contient une belle analyse de la honte sociale faisant écho au fragment 175 du Gai Savoir de Nietzsche : « Quel est le sceau de la liberté acquise ? Ne plus avoir honte de soi-même. ».

Adèle Van Reeth reconnaît dans cet être en transition, le transclasse, le statut du sujet chez Spinoza, ce qu'avait également inspiré Gilles Deleuze pour définir le sujet comme une machine de désirs, un rhizome d'affects, une véritable ingénierie psychique dont la plasticité dans le processus d'individuation va inclure une faible part d'inné et beaucoup d'acquis (les habitus). Au cours de cette ontogenèse, on n'assiste pas à la formation d'une unité individuelle, toujours en cours d'actualisation, mais à la résurgence de pulsions singularisantes qui traversent le sujet dans son procès d'identification. L'inconscient, équivalent chez Spinoza de la force de l'imagination, représente cet impensé, la virtualité de possibilités, qui va s'opposer aux principes inculqués et à la pression des modèles sociaux. Une analogie avec la terminologie psychanalytique est tout-à-fait acceptable, répond C. Jaquet , celle-ci parlant de résilience pour désigner la complexion animant le sujet, et de trans-générationnel pour expliquer les conflits des transclasses.
Mais la modélisation proposée de transclasse trouve son intérêt aussi pour comprendre l'affect social qui influe sur le sentiment de citoyenneté et la logique de l'écart qui bouscule la vie politique. La dimension d'adversité qui ressort de l'interaction sociale du transclasse en conflit à la fois avec son milieu d'origine et avec son milieu d'évolution, tend à promouvoir l'abolition de toute forme de sectarisme (sexe, genre, classe). Ce qui répond à la question légitime posée dans l'assistance, de savoir en quoi la position de transclasse est-elle libératrice ?

En l'absence de conflit d'identité, un individu suit son cycle de reproduction normal, perpétue une identité de classe qui va lui permettre de s'identifier à travers un ensemble de valeurs héritées. Il s'agit indubitablement d'une forme de conformisme favorisant l'immobilisme. Or le changement de position sociale ne correspond-il pas au choix d'un nouveau conformisme remplaçant l'ancien ? Certes, le risque de fixation dans une classe différente de sa classe d'origine, quand la transformation aboutit, reconduit le système de reproduction, et même parfois motive un conformisme plus important encore, plus proche du modèle idéal visé. Le mécanisme de la non-reproduction correspond au contraire à une phase de conscience identitaire, comme la reproduction en produit une aussi, mais cette phase est compliquée par une crise d'identité qui fait émerger les conflits d'intérêts d'une classe à l'autre. C'est cet écart, cette alternative de l'entre-deux au moment du choix, où se produit une prise de conscience de la pression des modèles sociaux dans lequel est plongé le transclasse, qui est vécu comme un moment libérateur. C'est pourquoi on est amené à se demander dans quelle mesure la liberté, qui n'est jamais totalement acquise pour soi puisqu'elle suppose de se déprendre toujours de nouveaux attachements, reste un sentiment transitoire qui n'appartient en propre qu'au transclasse. De ce sentiment seraient exclus tous ceux qui ne considèrent pas leur situation sociale valant pour leur existence intégrale, comme illégitime ; tous ceux qui sont de fait en phase avec ce que l'on attend d'eux, qui se trouvent dans l'illusion d'un accord parfait avec une position, assumée peut-être, mais qui résulte d'une assimilation hétérogène. Le transclasse serait celui au contraire qui échappe à toute détermination sociale fixe, car instable, combinant sans cesse plusieurs choix de vie incompatibles. Il incarne l'exception, celle qui infirme la règle (l'habitus) mais la confirme en retour comme la règle dominante ; exception opposée à toute acceptation servile, fragile conscience temporaire, inventive et affective, qui est le prix de la liberté.
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